Dernier Noël de guerre

On peut diviser ces onze textes (rédigés entre 1977 et 1987) en trois catégories : les nouvelles d'ordre fantastique, les nouvelles liées au souvenir (guerre, camp de concentration), enfin les " histoires naturelles " consacrées indirectement à l'homme.

Dans la première, on classera Buffet, En une nuit, État civil, Les fans de spots de Delta Cep.

Buffet : un cocktail très chic. Parmi les belles dames et les beaux messieurs, on découvre Innaminka, un kangourou. Il suscite l'intérêt, le dégoût ou l'admiration des invités. Certains lui adressent la parole, d'autres (une femme) lui font des confidences, sans s'étonner du fait qu'il s'agisse d'un animal. Innaminka est fort mal à l'aise, il accepte passivement sa situation, mais ne peut s'empêcher de se soulager sur une plante. Enfin, il s'enfuit en trois bonds vers la liberté. Cette nouvelle qui a des allures de rêve (ou de cauchemar) est une métaphore de l'étrangeté, du fait de se sentir étrange et étranger en présence d'inconnus. Ici, le kangourou est l'écrivain.

En une nuit : un train essaie de se frayer un chemin dans la nuit noire parmi des amas de feuilles mortes. Il est soudain bloqué. On voit alors surgir une armée de petits hommes, qui entreprennent de le démonter, de le fragmenter, de le réduire à néant.

Ce texte, rédigé pendant les années de plomb et du terrorisme, est une métaphore de la situation italienne, d'un pays victime de dévastateurs consciencieux et anonymes.

État civil : dans une immense entreprise, un comptable, Arrigo, est chargé de fixer la mort d'un certain nombre de personnes dont il reçoit les fiches le matin. Il y apprend leur histoire et le temps qui leur reste à vivre. Il n'a plus qu'à inventer la mort la plus logique qui soit. Un travail purement administratif. Mais sa bonne volonté se bloque devant la fiche d'une petite Norvégienne de huit ans. Il ne veut pas qu'elle meure avec sa collaboration. Il décide donc de démissionner. Il est muté, au grand soulagement du directeur, à la section des nez, dans laquelle on établit la forme des nez des enfants à naître.

Une nouvelle centrée sur l'inhumanité des grandes entreprises, dans laquelle on ne peut s'empêcher de distinguer des relents de politique nazie (eugénique).

Les fans de spots de Delta Cep : Une céphéide écrit à un certain Piero Bianucci pour le féliciter de ses programmes télévisés et notamment de la publicité sur les tomates en conserve. Cette habitante d'une autre galaxie (la huitième planète de Delta Cephei) dresse le portrait de ses congénères, de ses habitudes (se faire féconder par des mâles qui coûtent de 20 à 50 000 lires par seconde selon l'âge et l'état de conservation). Elle lui demande la formule des menaces qui mettent l'homme en péril (elles commencent toutes par " anti ", aussi bien " antisémites " que " antilopes "). Elle aimerait bien produire des spots publicitaires.

Une satire de la vie moderne à travers l'attrait pour la publicité.

Les nouvelles liées au souvenir : Le Dernier Noël de guerre et Sur le Pô.

Dans la première, Levi raconte un épisode de sa vie dans le camp de concentration de Monowitz, près d'Auschwitz, et précisément dans le laboratoire de chimie où il travaillait. On est en décembre 1944. Il relate la vie dans ce camp, l'attitude des Allemands et des jeunes nazis, les expériences conduites en dépit de la situation, et ses rapports avec l'une des techniciennes du laboratoire, Frau Mayer. Un jour, celle-ci lui demande de réparer sa bicyclette, établissant ainsi un contact, un pacte impensable entre nazi et prisonnier. Elle lui donne une petite récompense pour le remercier et lui annonce que Noël va arriver. Pour Noël, Levi reçoit un colis de vivres, ce qui est normalement impossible aux juifs. Levi et son ami Alberto se partagent les provisions et les cachent du mieux qu'ils peuvent en cousant de fausses poches dans leur tenue rayée. Ils en consomment petità petit le contenu. Mais unjour, on vole la veste de Levi. Alberto le console en lui disant qu'au moins quelqu'un passera un joyeux Noël grâce à lui.

Dans la seconde, Sur le Pô, située à Turin en 1936, Levi tente d'échapper au service militaire dans la marine. Seul moyen : entrer dans la milice fasciste. Il s'inscrit donc dans sa branche universitaire. Il raconte son existence au sein de ce corps où personne n'était fasciste. En 1938, il est renvoyé à cause des lois raciales. À son retour de camp, en 1945, on le convoque pour éclaircir sa position en ce qui concerne le service militaire dans la marine. En dépit du numéro de matricule tatoué sur son bras, il doit négocier avec le médecin pour être réformé...

Les " histoires naturelles "

Nez contre nez : un journaliste interroge une taupe. Par le biais de cette entrevue, il aborde des sujets de société tournant autour des habitudes humaines (l'amour de la fourrure, l'amour de la lumière, la peur de la monotonie) et animales (la taupe préfère le noir à la lumière, le silence au bruit, elle a des mœurs amoureuses particulières, etc). La condition humaine est ainsi égratignée par un animal moralisant.

C'est également le cas de En direct de nos intestins. La bactérie que le journaliste interroge dans les intestins de son ami. La bactérie se proclame syndicaliste et adepte de la politique, de l'évolution. Elle critique l'homme parce qu'il comprend toujours trop tard ce qui lui arrive, et se croit au-dessus de tout.

Idem avec la mouette, Le goéland de Chivasso. Celle-ci se félicite de l'arrivée des usines Lancia, qui provoquent certes la mort des poissons, mais procurent aux mouettes une bonne quantité d'ordures. La mouette se transforme ainsi de pêcheur en chasseur de rats. Le journaliste refuse le pessimisme de l'animal et le prie de ne pas oublier la mer.

La girafe, dans La girafe du zoo, répond aux questions du journaliste qui enquête sur la fin du zoooù elle se trouve. Elle lui explique la théorie de l'évolution et de l'adaptation. Contrairement aux hommes, les girafes ont su s'adapter à leur époque (leur cou s'est allongé, leur mode de s'abreuver a changé).

Enfin, dans Amours sur toile, l'araignée se moque du journaliste qui lui parle de la perfection de ses toiles. Pour elle, la chaîne est simple : faim-toile-mouche-digestion-faim-nouvelle toile.